Tribune de Jonathan Guillaume : Châteaubriant, c’est la Bretagne !

15/07/2014

Tribune de Jonathan Guillaume, parue dans www.paysdechateaubriant.fr

CHATEAUBRIANT, C’EST LA BRETAGNE

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Animateur du collectif 44=Breizh et castelbriantais depuis quelques temps, je ne peux m’empêcher de réagir à la tribune commune publiée par Maxime Lelelièvre (UDI) et Jordan Esnault (PS) en faveur d’une région « Grand Ouest ».

Cette prise de position intervient dans le contexte particulier du débat parlementaire sur la réforme territoriale et de mobilisations importantes dans notre département. D’un côté, des citoyennes et citoyens de l’ensemble de la Bretagne, et notamment de Loire-Atlantique, se mobilisent pour réclamer le droit de se déterminer pour une nouvelle assemblée régionale de Bretagne avec la Loire-Atlantique. Ils étaient 10 000 à Nantes le 19 avril dernier et 15 000 le 28 juin. De l’autre, une classe dirigeante et ses aspirants, qui mènent activement campagne pour une fusion des Pays de la Loire et de la région Bretagne, contre une région réunifiant les 5 départements bretons.

Si rien n’empêche des membres de partis concurrents d’exprimer des positions communes, sur le fond, les arguments présentés par Jordan Esnault et Maxime Le lièvre méritent sérieusement d’être réfutés.

Être milieu de rien ne permet pas d’être centre de tout.

En tant que castelbriantais ceux-ci cherchent à mettre en avant les intérêts de la commune dans cette future région. « Châteaubriant pourrait être au centre d’une prometteuse région Grand-Ouest ». Un rapide coup d’œil sur la carte situe naturellement le pays de Chateaubriant au milieu de cette grande étendue. Mais cela suffira-t-il a en faire un « centre », point d’équilibre et d’échange un sein d’un vaste territoire ? Rien n’est moins sûr.

Comme ils le disent, Le « Grand Ouest » c’est la continuité du processus déjà enclenché de métropolisation nantaise :« L’économie mondiale est aujourd’hui fondée sur un réseau dense de métropoles, pleinement actrices de flux toujours plus nombreux. Ces grands centres urbains doivent pouvoir s’adosser à de vastes territoires ».

Soyons clairs, sur ces 30 dernières années, Châteaubriant a clairement pâtit des concentrations économique, démographique et politique entraînées par la métropolisation de Nantes, et dans une moindre mesure, celles de Rennes et Angers. A l’inverse du département, Châteaubriant a subi une réelle perte démographique sur les trois dernières décennies. Un phénomène qui l’amène en 2014 a faire partie des villes les plus pauvres de France, cumulant fragilités économiques, sociales et culturelles. Ce phénomène risque d’ailleurs d’être accentué par le renforcement des compétences des métropoles en 2015*.

Mettre Châteaubriant au milieu d’une région taillée pour la métropole nantaise n’en fera jamais un « centre ». La réforme territoriale, avec la recherche d’équilibre gouvernementale entre pouvoirs départementaux et régionaux, amène un projet peu ambitieux pour l’échelon régional. Doté de réelles compétences, avec une représentation exprimant la diversité géographique, c’est pourtant cet échelon qui serait le mieux à même d’organiser la solidarité, l’égalité et les dynamiques dans tous les territoires. Plutôt qu’un simple support de métropole, la région est capable de faire l’équilibre entre les véritables « centres », comme Nantes, et les localités périphérisées par les métropolisations, comme Châteaubriant. La région n’est pas qu’un échelon administratif, c’est aussi et surtout un espace vécu capable de jouer son rôle si on ne la vide pas de sa substance. Et le problème du « Grand Ouest », c’est que de substance, il n’en a point.

Grand-Ouest et Pays de la Loire, des projets sans fondements

Les élections régionales auront lieu dans un peu plus d’un an. Flatter la position des groupes politiques en place au conseil régional des Pays de la Loire n’est pas anodin pour ces « jeunes loups »* du PS et de l’UDI, ça leur paraît même « logique » : « Nous défendons assez logiquement une garantie de l’unité des cinq départements des Pays de La Loire qui ne peuvent se désolidariser les uns des autres au vu du travail qu’ils ont accompli et reste à accomplir ensemble ».

Néanmoins, le fait que les conseillers régionaux aient, si l’on peut dire, « fait leur job », ne peut pas justifier le maintien de l’intégrité d’une entité administrative aujourd’hui dépassée. Certes, de nombreuses associations sportives, culturelles, syndicales se sont adaptées, souvent malgré elles, au découpage imposé par le conseil régional des Pays de la Loire. Mais, rappelons que dans de multiples domaines la Bretagne à 5 département est d’actualité. Le pouvoir judiciaire est organisé en Bretagne sur les 5 départements, et les magistrats y tiennent. C’est aussi le cas d’une grande association écologique comme Bretagne Vivante. D’un point de vue économique, l’INPI* enregistre le dépôt de 830 marques comportant le nom « Bretagne » quand « Les Pays de la Loire » ne sont enregistrés que 63 fois. L’association entrepreneuriale « Produit en Bretagne », est très bien implantée en Loire-Atlantique et y enregistre un taux de notoriété des plus important. Rappelons qu’aucun entrepreneur n’a encore lancé d’association « Produit en Pays de la Loire » ou « Produit en Grand Ouest »

A l’échelle de l’Europe, les régions dynamiques reposent sur des éléments d’identification solides

L’Ecosse, la Bavière, la Catalogne, etc… ne sont pas de simples points cardinaux des Etats dont elles dépendent. Elles s’inscrivent dans des réalités réalités historiques, politiques, économiques, sociales qui font l’Europe et le Monde d’aujourd’hui. A l’inverse, la région administrative la plus pauvre d’Europe s’appelle « le Nord-Est ». Et savez-vous où c’est ?*

Personnellement, le « Grand Ouest » me fait penser aux régions grolandaises, Groland-du-Haut, Groland-du-bas, Groland-de-Côté et Groland-de-l’Autre-Côté. Régions fictives dont les noms ont été réduits au simple positionnement géographique des territoires et de leurs habitants par rapport à la capitale-centre. Le projet de « Grand Ouest » traduit cette abstraction technocratique et oligarchique effaçant les réalités et les dynamiques humaines des territoires concernés.

Le projet régional se doit de traduire les aspirations de ses habitants afin qu’ils puissent se l’approprier et porter une dynamique territoriale partagée. Le « Grand Ouest », s’appuie sur une vision passéiste, centraliste et élitiste d’une entité administrative comme simple courroie de transmission du pouvoir entre métropoles et Etat, entre Nantes et Paris. Comment affirmer que « tout plaide pour une fusion des deux régions », quand le dernier sondage réalisé montre que seulement 6% des bretonnes et des bretons souhaitent cette fusion (55% pour la réunification, 35% pour le statu quo, 4% ne se prononcent pas)*, et que 70% des habitants du 44 sont favorables à la réunification*. Comment souhaiter « le plus possible de consensus » autour du Grand Ouest, quand 15 000 personnes manifestent à Nantes pour réclamer le droit à un référendum sur la question de la Réunification de la Bretagne, et que les institutions en place leur refusent.

L’avenir, c’est la Bretagne à 5 département

Le Val de Loire et ses Châteaux classés à l’UNESCO, de Châlonnes/Loire (Maine et Loire) à Sully/Loire (région Centre), offre un espace régional connu dont la notoriété a permis un développement économique important. Tout comme Châteaubriant a intérêt à s’appuyer sur le projet de classement en cours des Marches de Bretagne au patrimoine mondial de l’UNESCO, les départements de l’Est des Pays de la Loire ont tout intérêt à profiter de cette appellation dans le cadre d’un nouveau découpage régional. C’est autant pour « eux » que pour « nous » qu’un « Grand Ouest » serait un frein au développement harmonieux et partagé de nos territoires. En quoi l’Ouest serait moderne et la Bretagne, et le Val de Loire, « passéistes » ? Il est malhonnête de vouloir nier les liens entre patrimoine historique et culturel et développement économique. Ils se nourrissent constamment l’un et l’autre !

La Bretagne avec 34 000 km2 et 4,5 millions d’habitants serait parmi les grandes régions européennes, plus grande que la Belgique, plus peuplée que l’Irlande. La Bretagne c’est une région maritime pour la plus grand façade maritime du territoire français, une des premières régions d’Europe en terme de construction navale et aéronautique, de l’industrie liée à la transition énergétique, la première région au niveau des conversions vers l’agriculture biologique, au niveau du tourisme, etc ….

La Bretagne à 5 c’est la possibilité d’une vraie région d’Europe, soutenue et voulue par ses habitants. La Bretagne à 5, ce n’est pas « défendre notre territoire pour le rendre plus fort » comme le revendique M. Lelièvre et J. Esnault. La Bretagne à 5, c’est un territoire pour tous ses habitantes et habitants qui leur permette de vivre, travailler, décider et s’épanouir, c’est une autre vision du bien commun et de l’intérêt collectif.

JONATHAN GUILLAUME

autre article sur Châteaubriant

* Voir la loi de Modernisation de l’Action Publique Territoriale et d’Affirmation des Métropoles, votée le 27 janvier 2014, première étape de la réforme territoriale en cours.
*Institut National de la Propriété Industrielle
* OF Châteaubriant du 06/03/14
* En Roumanie
* sondage LH2/BVA du 10/07/14
* sondage LH2/BVA du 24/06/14

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Inauguration du tram-train, un symbole de la discontinuité territoriale

27/02/2014

Jacques Auxiette nous l’aura répété pendant 10 ans, la réunification de la Bretagne ne sert à rien, les coopérations inter-régionales entre Bretagne et Pays de la Loire permettent déjà la mise en place des politiques communes nécessaires.

Pourtant l’inauguration de la nouvelle ligne de tram-train Châteaubriant-Nantes ce week-end, révèle encore une fois cette fracture territoriale générée par la séparation du pays nantais du reste de la Bretagne. Si nous ne pouvons que nous réjouir de la réouverture d’une ligne de train entre Châteaubriant et Nantes, nous ne pouvons que déplorer l’absence de jonction avec la ligne Châteaubriant-Rennes. Tout se passe comme si la région Pays de la Loire, principal promoteur du projet, n’avait pas voulu voir les opportunités qu’il y avait à faire cette jonction vers Rennes, pourtant réclamée depuis longtemps.

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1979-1980 fermeture de la ligne

La ligne de train Nantes-Châteaubriant a été ouverte en 1881 (le trajet était alors d’1h28), et a été fermée en 1980. Elle accueillait pourtant en 1979 encore 30 000 voyageurs par an, un chiffre relativement constant sur les 10 dernières années. En juin 1979, l’Association du Contrat de Pays de Châteaubriant, réunie en Assemblée Générale réclame, comme le font depuis plusieurs années CELIB, syndicats et acteurs économiques, « la mise en place d’une liaison rapide Rennes-Nantes par Châteaubriant ».  Mais la région Pays de la Loire, dirigée par Olivier Guichard, a déjà obtenu une subvention de l’Etat pour le transfert sur route de la ligne SNCF. En effet, Olivier Guichard a obtenu quelques mois plus tôt l’électrification de la ligne ferroviaire de Paris à La Baule, ville dont il est maire, suite à des discussions avec la direction de la SNCF qui lui demande cependant de faire des choix économiques. C’est alors qu’il décide de supprimer la ligne Nantes-Châteaubriant. Le dernier train vers Nantes part en Mai 1980 de Châteaubriant.

2002-2014, réouverture de la ligne

En 1997, l’association “Transport et développement humain”, suggère que l’on étudie un projet de TGV Bretagne-Pays de Loire, via Châteaubriant, capable de desservir en étoile Nantes, Rennes et Redon. Sans suites.
En 2002, le Conseil régional des Pays de la Loire présidé par François Fillon (UMP), lance une étude sur la réouverture de la ligne. Le 3 juillet 2006, une convention relative au financement et à la réalisation des études d’avant-projet est signée. Une enquête publique sur la réalisation du projet a lieu durant l’été 2008 et l’approbation ministérielle survient le 29 avril 2009. Fin 2009 les travaux commencent.
Lors de l’enquête publique, l’association NEXUS dépose une proposition de ligne TER rapide entre Nantes et Rennes, via Châteaubriant, reliant les deux métropoles en moins d’une heure. En effet, l’actuel ligne, qui passe par Redon est longue de 155 km, alors qu’un passage par Châteaubriant permettrait d’économiser 20 km. Cette solution apparaît d’autant plus intéressante que le projet de tram-train offre un temps de trajet entre Châteaubriant et Nantes supérieur de 8 minutes au temps de trajet des années 60-70, 59 min contre 1h07 aujourd’hui ! Mais c’était sans compter sur la région Pays de la Loire qui dès Mai 2007 a déjà acheté le matériel roulant, 14 mois avant l’enquête publique ! Le projet tant attendu d’une ligne directe Nantes-Rennes tombe encore à l’eau.
Au final le tram-train arrivera en cul de ligne à Châteaubriant, juste à côté, mais sans liaison possible avec le vieux TER Bretagne Châteaubriant-Rennes. En gare, les deux seules lignes de train de Châteaubriant s’ignorent complètement. Un lecteur de la Mée socialiste (journal castelbriantais) du 25 février et habitant de Retiers en Ille-et-Vilaine, témoigne :
« Pour me rendre à Nantes je prendrais le train à Retiers à 8h25 pour arriver à Châteaubriant à 8h53. J’attendrais 28mn pour reprendre le tram-train de 9h21 qui m’amènera à 10h29 à Nantes. Pour rentrer chez moi et être à temps à Châteaubriant pour ne pas rater le dernier train vers Rennes, je reprendrais le train de 12h35 à Nantes pour arriver à 13h42 à Châteaubriant, et attendre le train vers Rennes de 16h34, pour enfin arriver à 17h02 à Retiers. J’aurais passé seulement 2 heures à Nantes, 3 heures d’attente à Châteaubriant. Où est le progrès ? Quelle concertation a eu lieu entre les Régions Pays de la Loire et Bretagne et les départements limitrophes ? Nos élus ont-ils bien conscience de cela ? »
carte-departements-reunification-44breizhLa coopération inter-régionale ne remplacera jamais la réunification de la Bretagne.

En terme de transport ferroviaire régional, mais ce n’est pas le seul domaine, le tram-train n’est pas le seul exemple montrant que la coopération inter-régionale entre les deux régions ne remplacera jamais le travail régulier que permettrait la réunification de la Bretagne. Pourtant situé à une distance équivalente de Nantes et Rennes, Vannes offre suivant les périodes, une centaine de liaison hebdomadaire vers Rennes, contre moins d’une quarantaine vers Nantes, témoignant encore une fois d’une certaine fracture entre pays nantais et Bretagne administrative. Nous pouvons penser qu’avec une fréquence de voyage très supérieure entre les deux villes du sud Bretagne, les travaux pour construire l’énorme échangeur de Savenay sur la RN 165 n’auraient peut-être pas été nécessaires. Encore une fois nous constatons que la partition administrative de la Bretagne a joué en défaveur d’un aménagement cohérent et équilibré du territoire et des transports.

La région Pays de la Loire doit disparaître au profit d’une restructuration plus cohérente des régions de l’ouest de la France, et c’est bien la réunification de la Bretagne qui permettra d’enclencher ce processus de cohérence régionale.
Affiche_A3_Nantes_19_04_14-44BREIZHSources : la Mée Socialiste, association NEXUS