Inauguration du tram-train, un symbole de la discontinuité territoriale

27/02/2014

Jacques Auxiette nous l’aura répété pendant 10 ans, la réunification de la Bretagne ne sert à rien, les coopérations inter-régionales entre Bretagne et Pays de la Loire permettent déjà la mise en place des politiques communes nécessaires.

Pourtant l’inauguration de la nouvelle ligne de tram-train Châteaubriant-Nantes ce week-end, révèle encore une fois cette fracture territoriale générée par la séparation du pays nantais du reste de la Bretagne. Si nous ne pouvons que nous réjouir de la réouverture d’une ligne de train entre Châteaubriant et Nantes, nous ne pouvons que déplorer l’absence de jonction avec la ligne Châteaubriant-Rennes. Tout se passe comme si la région Pays de la Loire, principal promoteur du projet, n’avait pas voulu voir les opportunités qu’il y avait à faire cette jonction vers Rennes, pourtant réclamée depuis longtemps.

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1979-1980 fermeture de la ligne

La ligne de train Nantes-Châteaubriant a été ouverte en 1881 (le trajet était alors d’1h28), et a été fermée en 1980. Elle accueillait pourtant en 1979 encore 30 000 voyageurs par an, un chiffre relativement constant sur les 10 dernières années. En juin 1979, l’Association du Contrat de Pays de Châteaubriant, réunie en Assemblée Générale réclame, comme le font depuis plusieurs années CELIB, syndicats et acteurs économiques, « la mise en place d’une liaison rapide Rennes-Nantes par Châteaubriant ».  Mais la région Pays de la Loire, dirigée par Olivier Guichard, a déjà obtenu une subvention de l’Etat pour le transfert sur route de la ligne SNCF. En effet, Olivier Guichard a obtenu quelques mois plus tôt l’électrification de la ligne ferroviaire de Paris à La Baule, ville dont il est maire, suite à des discussions avec la direction de la SNCF qui lui demande cependant de faire des choix économiques. C’est alors qu’il décide de supprimer la ligne Nantes-Châteaubriant. Le dernier train vers Nantes part en Mai 1980 de Châteaubriant.

2002-2014, réouverture de la ligne

En 1997, l’association “Transport et développement humain”, suggère que l’on étudie un projet de TGV Bretagne-Pays de Loire, via Châteaubriant, capable de desservir en étoile Nantes, Rennes et Redon. Sans suites.
En 2002, le Conseil régional des Pays de la Loire présidé par François Fillon (UMP), lance une étude sur la réouverture de la ligne. Le 3 juillet 2006, une convention relative au financement et à la réalisation des études d’avant-projet est signée. Une enquête publique sur la réalisation du projet a lieu durant l’été 2008 et l’approbation ministérielle survient le 29 avril 2009. Fin 2009 les travaux commencent.
Lors de l’enquête publique, l’association NEXUS dépose une proposition de ligne TER rapide entre Nantes et Rennes, via Châteaubriant, reliant les deux métropoles en moins d’une heure. En effet, l’actuel ligne, qui passe par Redon est longue de 155 km, alors qu’un passage par Châteaubriant permettrait d’économiser 20 km. Cette solution apparaît d’autant plus intéressante que le projet de tram-train offre un temps de trajet entre Châteaubriant et Nantes supérieur de 8 minutes au temps de trajet des années 60-70, 59 min contre 1h07 aujourd’hui ! Mais c’était sans compter sur la région Pays de la Loire qui dès Mai 2007 a déjà acheté le matériel roulant, 14 mois avant l’enquête publique ! Le projet tant attendu d’une ligne directe Nantes-Rennes tombe encore à l’eau.
Au final le tram-train arrivera en cul de ligne à Châteaubriant, juste à côté, mais sans liaison possible avec le vieux TER Bretagne Châteaubriant-Rennes. En gare, les deux seules lignes de train de Châteaubriant s’ignorent complètement. Un lecteur de la Mée socialiste (journal castelbriantais) du 25 février et habitant de Retiers en Ille-et-Vilaine, témoigne :
« Pour me rendre à Nantes je prendrais le train à Retiers à 8h25 pour arriver à Châteaubriant à 8h53. J’attendrais 28mn pour reprendre le tram-train de 9h21 qui m’amènera à 10h29 à Nantes. Pour rentrer chez moi et être à temps à Châteaubriant pour ne pas rater le dernier train vers Rennes, je reprendrais le train de 12h35 à Nantes pour arriver à 13h42 à Châteaubriant, et attendre le train vers Rennes de 16h34, pour enfin arriver à 17h02 à Retiers. J’aurais passé seulement 2 heures à Nantes, 3 heures d’attente à Châteaubriant. Où est le progrès ? Quelle concertation a eu lieu entre les Régions Pays de la Loire et Bretagne et les départements limitrophes ? Nos élus ont-ils bien conscience de cela ? »
carte-departements-reunification-44breizhLa coopération inter-régionale ne remplacera jamais la réunification de la Bretagne.

En terme de transport ferroviaire régional, mais ce n’est pas le seul domaine, le tram-train n’est pas le seul exemple montrant que la coopération inter-régionale entre les deux régions ne remplacera jamais le travail régulier que permettrait la réunification de la Bretagne. Pourtant situé à une distance équivalente de Nantes et Rennes, Vannes offre suivant les périodes, une centaine de liaison hebdomadaire vers Rennes, contre moins d’une quarantaine vers Nantes, témoignant encore une fois d’une certaine fracture entre pays nantais et Bretagne administrative. Nous pouvons penser qu’avec une fréquence de voyage très supérieure entre les deux villes du sud Bretagne, les travaux pour construire l’énorme échangeur de Savenay sur la RN 165 n’auraient peut-être pas été nécessaires. Encore une fois nous constatons que la partition administrative de la Bretagne a joué en défaveur d’un aménagement cohérent et équilibré du territoire et des transports.

La région Pays de la Loire doit disparaître au profit d’une restructuration plus cohérente des régions de l’ouest de la France, et c’est bien la réunification de la Bretagne qui permettra d’enclencher ce processus de cohérence régionale.
Affiche_A3_Nantes_19_04_14-44BREIZHSources : la Mée Socialiste, association NEXUS


Pôles métropolitains, opportunité ou menace pour la réunification de la Bretagne ?

08/12/2011

44=Breizh publie ici et avec son aimable autorisation une analyse de Mikael Bodlore-Penlaez sur la création des pôles métropolitains (notamment Loire-Bretagne) et son impact sur l’unification territoriale de la Bretagne :

«Vu de Chicago, Angers, Nantes ou Rennes, c’est une même région…». C’est ce qu’Emmanuelle Quiniou, directrice générale de l’Agence d’urbanisme de la région angevine répondait à une interview du magazine municipal de la ville d’Angers (Vivre à Angers n° 355) pour justifier de la création du Pôle métropolitain Loire-Bretagne qui regroupe Angers, Nantes, Rennes, Saint-Nazaire et Brest. Ce type de réflexion est pour le moins absurde sinon fait preuve d’une négation totale de l’identité des territoires. Doit-on se positionner sur la réalité régionale en prenant en compte l’avis d’un Américain habitant à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous, ou au contraire en prenant en compte les réalités locales et les souhaits de la population en Bretagne ou en Anjou ? Ce n’est pas parce que vu d’Europe, on ne sait pas systématiquement faire la distinction entre un Laotien et un Cambodgien que ces deux États vont souhaiter fusionner pour nos beaux yeux.

Les Pôles métropolitains, une identité commune ?

Les pôles métropolitains sont une nouvelle forme de coopération entre différentes agglomérations institués par la loi sur la réforme territoriale du 16 décembre 2010. Dans ce cadre, plus de 20 projets ont émergé en France, dont celui intitulé Loire-Bretagne. Ces pôles doivent porter un projet de développement équilibré et complémentaire notamment pour l’économie, l’urbanisme et l’aménagement. Lors du lancement de ces pôles à Paris le 5 juillet dernier, trois objectifs principaux ont été énoncés, à savoir la pertinence de l’échelle d’action, l’identité commune et le portage d’un projet de développement commun. La sémantique a toute son importance, notamment au vu du projet Loire-Bretagne qui ne paraît nullement s’inscrire dans ces objectifs ambitieux.

Le pôle métropolitain Loire-Bretagne, un non-sens

On peut légitimement s’interroger sur ce qu’on entend par l’identité commune des villes souhaitant coopérer au sein du pôle métropolitain Loire-Bretagne ? Cet espace découle plus du non-sens que d’une réelle identité commune. Quels sont franchement les liens culturels et historiques que Brest et Angers entretiennent ? Ces deux villes distantes de plus de 370 km sont à plus de 4 h 30 de route. Mais si la réflexion doit être d’ordre économique ou urbanistique, les liens ne sont pas plus évidents. Angers, métropole du Val de Loire, n’a pas beaucoup de rapport avec Brest, dont le slogan est la «métropole océane». Mais au-delà de l’incohérence se dessinent les plans de la Datar, sortis en 2005 qui voyait déjà dans cette métropole Loire-Bretagne l’embryon du futur rapprochement des régions administratives Bretagne et Pays de la Loire, cassant net toutes possibilités d’une Bretagne à cinq départements. L’organisme aménageur parisien ne s’est jamais vraiment distingué par ses «découpages» cohérents de l’espace hexagonale. Il est vrai qu’il s’est souvent adonné à des charcutages technocratiques rarement appropriés par la population, ni même les élus, souvent peu convaincus.

Angers entre deux chaises

Mais le contexte évolue assez rapidement. Du côté breton, l’analyse est sans appel. Une région à 5 départements où Brest, Nantes et Rennes coopèrent, cela est une évidence. Mais du côté angevin, les lignes bougent. À croire que les Bretons inspirent leurs voisins du Val de Loire. En effet, un nouveau pôle est en train de naître entre Angers, Tours et Le Mans, regroupant ainsi des villes qui historiquement ont toujours été proches, dans un espace cohérent qui s’appelle Val de Loire. Alors que dans les études préalables au projet du Grand-Paris, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (Les cahiers de l’IAU n° 153) considère la région nantaise comme une simple banlieue parisienne, Nantes et Rennes se posent la question d’une coopération beaucoup plus poussée pour faire contre poids. Dans ce contexte, le maire d’Angers, Jean-Claude Antonini, souhaite coopérer plus avant avec les villes consœurs de Touraine et du Maine, au point de se rallier le chef de file de l’opposition Laurent Gérault, qui déclarait au webzine Villactu.fr en février 2011 se réjouir de l’initiative du maire et «attendre beaucoup de ces nouveaux échanges, la place et l’avenir de l’Agglomération angevine en dépendent, face à l’hégémonie grandissante de l’axe Nantes-Rennes».

Georges Gontcharoff, spécialiste des questions de démocratie participative, enfonce le clou et émet des sérieux doutes sur la pertinence de certains pôles. Il affirme dans une analyse qu’il fait du rapport du membre du Conseil d’État, Jean-Jacques de Peretti (note n°64 ADELS/UNADEL), que «l’Espace Métropolitain Loire-Bretagne (EMLB) existe, mais ne se transformera peut-être pas en pôle métropolitain. (…) Un pôle métropolitain s’explore entre Tours, Angers et Le Mans. On voit donc qu’Angers est tiraillé entre plusieurs logiques».

L’espace Loire-Bretagne, opportunité ou menace pour la réunification ?

La constitution des pôles métropolitains permet aujourd’hui d’envisager deux scénarios, même trois. L’un est favorable à la réunification de la Bretagne et l’autre la fait s’éloigner encore un peu plus. Si Angers décide de se rapprocher de Tours et du Mans et que Brest, Nantes, Rennes et Saint-Nazaire s’unissent, on peut imaginer le meilleur pour l’avenir de la Bretagne à 5 départements. Angers retrouvant naturellement le Val de Loire comme espace de coopération, la cohésion régionale s’en trouvera d’autant renforcée.

En revanche, si l’acharnement technocratique persiste à construire un territoire difforme et sans identité réelle à travers l’espace Loire-Bretagne, on risque de se trouver dans une situation qui conforte encore plus la constitution d’une région Grand Ouest. Cela anéantirait par la même occasion l’idée d’une Bretagne réunifiée, et ferait peser le risque de disparition pure et simple de la région Bretagne.

Un troisième scénario, pas plus réjouissant, pourrait aboutir à un espace réunissant Angers, Brest, Le Mans, Nantes, Rennes, Saint-Nazaire et Tours.
Vous avez dit du grand n’importe quoi ?

[Source : Mikael Bodlore-Penlaez]